29/05/2006

Berlin, la "Nouvelle Teutonie".

 

 

 

 

C'est au siècle des Lumières que l'urbanisme de Berlin connut un essor qui fit d'elle l'une des plus grandes métropole européenne qui finira par couvrir près de huit fois la superficie de l'agglomération parisienne.

 

Hans Stimman, s'exprimant dans son "Planwerk Innenstadt", fut le premier urbaniste planificateur de la ville. C'est lui qui fut à l'origine du style berlino-prussien de ses bâtiments anciens dont l'enveloppe massive et basse, d'une hauteur imposée de 22 mètres, devait être enveloppée de façades en pierre naturelle, percée d'ouvertures régulières.

 

Avant la première guerre mondiale, Berlin, seule ville allemande sans véritable passé architectural ancien, avait l'aspect d'une ville militaire prussienne dont les façades colorées de tons pastels ocre, rose et bleu ne pouvaient rien enlever à son austérité, à sa froideur et à sa rigidité peut-être due à la présence entre ses murs de nombreux juifs et descendants des huguenots.

 

Ces bâtiments prussiens allaient ensuite être recouverts des ombres noires de la révolution industrielle qui allait transformer la capitale en ville d'effroi, à l'odeur de goudron et de fumées. Berlin allait en effet alors connaître la plus forte concentration ouvrière de toute l'Allemagne. A la création de nouveaux quartiers prolétaires allait s'adjoindre le casernement des soldats dans des anciens immeubles, juxtaposant ainsi les îlots sinistres, lugubres, misérables et surpeuplés. Cette situation explique sans doute la transformation de Berlin en véritable forteresse du Parti Communiste allemand où le Troisième Reich hésitera longtemps à pénétrer.

 

Après 1870, Berlin devint capitale du Reich: de ville militaire, elle acquiert la réputation d'être aussi une ville provinciale. La ville s'étend jusqu'à la campagne suite à la construction de quartiers de nouveaux riches, principalement à l'Ouest. Elle est en fait constituée de villes juxtaposées aux contrastes sociaux importants.

 

 

 

 

 

Après la première guerre mondiale, Berlin devint, sous la république de Weimar, une importante métropole culturelle et artistique d'avant-garde avant que les Nazis ne détruisent les vieux quartiers historiques de l'Est afin d'y organiser les parades de chars dans les grandes artères nouvellement créées.

 

La guerre et la ruine imprimèrent ensuite la mémoire de la ville dans la pierre en y laissant les traces des balles et des bombardements, devenues invisibles dans les autres villes allemandes. Berlin devint ainsi une ville de ruine portant le deuil de l'histoire.

 

Le style réaliste socialiste des années 50 marqua ensuite la ville à l'Est, notamment par la destruction complète de l'Alexanderplatz pendant qu'à l'Ouest, les destructions étaient opérées par soucis de rentabilité. La froideur des quartiers neufs de la RDA, due à la médiocrité de leur architecture, se juxtaposa aux constructions neuves de l'Ouest dont certaines, sous l'impulsion d'une vie artistique très féconde, peignirent leurs façades de l'ombre des immeubles précédents et témoignèrent ainsi de la mémoire des lieux disparus.

 

Lors de l'érection du mur, la ville fut recouverte d'une nouvelle chape de tristesse. Ceux qui l'aimaient choisirent de continuer à y vivre et, par une sorte de masochisme, décidèrent d'établir un no man's land autour de cette frontière de la honte en rasant toutes les constructions qui la voisinaient à l'Ouest et en établissant à l'Est une barrières de bâtiments sinistrement murés et d'immeubles rébarbatifs à vocation administrative.

 

La disparition du mur laissera un grand vide ouvert à toutes les promesses, une juxtaposition de tissus morts ou paralysés avec des tissus vivants actifs qui donnent à la ville son caractère si particulier. Au nom de la reconquête de la mémoire et dans l'euphorie de la réunification, on luttera violemment, dans les quartiers turcs du Kreutzberg, contre la démolition des vieux immeubles, on tracera sur le sol un large trait rouge marquant l'emplacement du mur de la honte disparu, on emballera de toile de bâche le Reichstag promis à la rénovation, on reconstruira en trompe-l'œil la façade du château des Hohenzollern peinte sur une toile géante et on édifiera, à l'emplacement du bunker d'Hitler, l'utopie architecturale et urbanistique post-moderniste du nouveau millénaire, témoignage de la démesure des grands projets institutionnels de l'Allemagne nouvelle.

 

La nouvelle capitale allemande est déchirée entre deux objectifs contradictoires: se donner une image de vraie capitale et assurer un développement économique rapide. Elle manque en effet d'une véritable vision unifiée. Que garder de l'histoire prussienne, hitlérienne ou communiste de la ville, histoire à l'image sinistre et négative? Comment construire une vision à plus long terme du rôle de l'Allemagne et de sa capitale dans une Europe qui s'étend de plus en plus à l'Est? Comment définir cette vision qui dépasserait l'urgence des prochaines années?

 

La ville hésite entre le conformisme de la vieille formule imposant le block comme module de base à la reconstruction de la ville et l'appel des expériences conceptuelles déconstructivistes les plus radicales, entre un style traditionnel légitimé dans la tradition et une architecture plus démocratique,  plus actuelle ou même avant-gardiste par rapport à un style plus berlinois que berlinois et que certains nomment déjà la "Nouvelle Teutonie"...

 

 

 

 

 

07:15 Écrit par Lucky Skywalker dans Urbanisme | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : architecture, urbanisme, berlin |  Facebook |

Commentaires

Bonne semaine A+

Écrit par : Charles | 29/05/2006

Excellent Mais tu ne parles pas du mur qui reste dans les consciences, entre gens de l'Ouest et gens de l'ex-Est. Ni surtout de l'abîme qui sépare encore les deux Europe(s), sur le plan matériel et financier, et ce, seize ans après la réunification. Tu connais le prix payé par l'Allemagne fédérale pour cela. Comme beaucoup, je suis persuadé que bien des gouvernants qui ont applaudi en 89 à la chute du mur lanceraient maintenant des sosucriptions publiques pour qu'on le rehausse de quelques bons mètres... Sinon, splendides photos et présentations superbe...

Le Gros.

Écrit par : Jean-Pierre Molle | 29/05/2006

félicitation vous êtes à la Une !

Écrit par : Bruno | 30/05/2006

Les commentaires sont fermés.