26/09/2006

L'Arbre - Pierre Magnan

 

 arbre magnan

 

 

 

 

 

 

 

L’Arbre.

Pierre Magnan

 

Folio n°3697

Editions Denoël – ISBN 2-07-042318-2

Texte extrait des Secrets de Laviolette (Folio Policier n°133)

 

 

« Ce chêne, on ignore son âge. On dit centenaire pour simplifier les choses, mais de combien de siècles, ça on ne sait pas. Son fût s’élève à plus de huit mètres avant que la première branche maîtresse ne fuse de lui pour s’étendre à l’horizontale. On dit centenaire mais pour le façonner tel qu’il est, c’est plutôt trois cent ans qu’il a fallu. Le vent du nord-ouest l’a saisi dans son erre de plein fouet sitôt qu’il a été en âge de lui donner prise et s’il l’a laissé pousser droit, en revanche, il s’est occupé de ses frondaisons pour les étirer démesurément sous son souffle.

 

D’ordinaire, les rameaux d’un chêne s’étalent harmonieusement avec son tronc pour axe et la nature ne permet pas que les branches maîtresses soient plus longues d’un côté que de l’autre. Mais celui-ci, malencontreusement placé dans l’axe exact du vallon, il offrait au vent du nord-ouest une prise idéale. Il y avait gagné que, d’un côté, ses frondaisons rebroussées étaient atrophiées et que, de l’autre, elles fuyaient sous le courant d’air jusqu’à s’étendre à l’horizontale, pour les plus puissantes, sur une distance de près de dix mètres. Lorsqu’on se trouvait au-dessous de la plus basse, c’était un énorme serpent de bois torsadé et contourné qui vous dominait jusqu’à cette extrémité de ramure qui surplombait le vide d’un ravin.

 

Pour compenser cette disproportion, l’arbre avait dû s’ancrer dans l’autre sens sur le banc de roche où il était assis, entre les dalles du mille-feuille calcaire qui lui servait de support. Il y avait inséré deux racines qui avaient fait éclater le roc. On pouvait les suivre à l’oeil nu, bandées comme d’énormes muscles sous tension qui resurgissaient çà et là à l’air libre dans l’éboulement du talus et qui semblaient palpiter d’une pulsation convulsive sous l’effort immobile qui les sous-tendait.

 

Sous la lune, la nuit, elles ruisselaient, bardées d’écailles fallacieuses et comme en mouvement, en train de ramper vers quelque proie qu’il importait d’encercler. »

 

Retrouvez Pierre Magnan sur son site Internet : http://www.lemda.com.fr/

11:04 Écrit par Lucky Skywalker dans Lecture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : citations |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.