18/11/2006

Pierre Magnan: Apprenti.

Je me retrouve bien heureux avec Louisette contre moi. Je me remets à chanter avec une vigueur renouvelée. Ma minable personne est engloutie par la nuit souveraine. Mon legato laisse à désirer mais ma passion en tient lieu. J'arrive à sangloter dans le vibrato, même Louisette peut croire que mon plumage ressemble à mon ramage.

Alors... Mais comment ai-je pu faire ça? Comment ai-je pu oser? Comment le donner à croire? Comment as-t-elle pu accepter?

Alors, je lui ai pris les seins dans les paumes de mes mains. Je me souviens parfaitement de leur volume, de leur dureté, de leur poids, de leur chaleur inouïe.

Et si je pleure en écrivant ceci, croirez-vous encore que j'ai enjolivé les choses et que c'est mon regret pour ma jeunesse qui parle et que je me laisse aller à mon imagination de romancier?

Je suis sûr que pendant les quinze kilomètres qui séparent Gréoux de Manosque l'ayant toute entière contre moi et ses seins emprisonnés entre mes doigts (elle n'avait pas de soutien-gorge), honteux d'avoir peut-être les ongles en deuil, je n'ai jamais bandé pour elle, jamais je ne l'ai considérée comme l'une des femmes imaginaires de mes nuits de plaisir solitaire. Je la serrais contre moi religieusement. Je n'ai pas prononcé une parole, sauf mes chansons semées derrière nous, pour l'éternité enfuies.

J'avais envie de l'aimer mais pas de cet amour que le monde connaît. Je l'aimais par ma tête et par mon coeur et aujourd'hui encore, morte, c'est ainsi que je l'aime.

 

Pierre Magnan.

Extrait de "Apprenti" - Editions Denoël 2003 - Folio n° 4215 - ISBN 2-07-030807-3

18:50 Écrit par Lucky Skywalker dans Lecture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : magnan, citations |  Facebook |

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