13/09/2007

Une animation pour le fun...

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19:00 Écrit par Lucky Skywalker dans Web | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : animation, gif |  Facebook |

01/09/2007

C'est toi que je veux. (Tyde Monnier: Rue Courte)

rue courte 01aExtrait de Rue Courte de Thyde Monnier, Editions Grasset - Les Cahiers Rouges.


Dans un coin bien abrité, il y a un énorme bou­quet éclatant. C'est un arbre de Judée. Tous les ans dès la fin de mars, il fait de ce coin sec un jar­din de toute beauté par sa gentillesse d'y ouvrir ses dix mille fleurs couleur de flamme. Et c'est si joli que tout ça éclate avant une seule feuille verte sur les branches noires, que Frisette, s'arrête émer­veillée pour mieux regarder. Alors elle s'aperçoit que pas très loin, il y a de grosses plantes d'iris vio­lets et aussi de ces touffes de giroflées quarantaines fines à toucher comme du velours et qui fleurissent en pleine rocaille. Et puis partout, contre ses pieds, devant, derrière elle, tout autour, il y a encore de ces millions de marguerites jaunes, ouvertes auras de terre. Toutes ces fleurs, Frisette les regarde et elle pense qu'y faut qu'elles aient envie de vivre pour fleurir dedans cette pierraille sacs eau. Elle tire à elle une hampe d'iris. Que c'est doux, que c'est joli, c'est comme du satin violet et ça sent si boni et c'est fait de quoi? de soleil et d'un peu de terre, pas plus, c'est beau cette chose quand on y pense. Cette colline, elle fait toujours le printemps bien avant la terre d'en bas. La vigne de la plaine, à peine si elle ose sortir ses pousses et déjà ici c'est tout parti.
 Lourde de tout ça, Frisette se laisse tomber sur une grosse pierre blanche qui se chauffe au soleil comme une larmeuse. Un besoin de repos lui vient d'un coup, une envie de s'étaler bras et jambes cas­sés par une lassitude de tant de vie. Mais là encore, sur cette pierre, à peine elle y est couchée, que contre son oreille, dans ses cheveux et sur ses doigts elle découvre la vie des bêtes. Ces fourmis, quelles travailleuses, toujours en train et toutes ces autres qu'elle est habituée à rencontrer au long des jours contre les murs des maisons et même dedans, les scarabées, les araignées, les mange-sèbes, les grillons, les sauterelles, comme elles semblent toutes avoir quelque chose de pressé à faire. Et de plus en plus le cœur de Frisette se gonfle, sa chair veut prendre plus de place sous les vêtements. Du fond d'elle, semblent monter des bulles d'huile molles qui s'élargissent à la surface de la peau et la font toute moite. Retournée contre le sol, elle en moule les os durs dans le tendre de ses cuisses et une pierre lui rentre au caché du ventre, là où c'est bon d'être meurtri. Entre ses doigts, elle frotte la fine poussière rouge que le vent a amassé dans les coins de ro­chers. Le soleil sur ses reins maintenant, met une main chaude et lourde et comme elle a la face ser­rée entre la terre et ses cheveux, d'un coup elle en sent toute l'odeur qu'elle n'avait jamais tant senti jusqu'à ce jour. Le visage rouge de chaleur, elle reste là écrasée entre cette pâte d'herbe et de fleurs qu'elle pétrit et cette forêt de cheveux qui la saoule de son odeur. Elle se sent pleine de sève, de parfums et de chaleur comme cette terre et ce ciel, comme ceux-là elle voudrait donner tout le dedans secret de son corps qui s'ouvre de lui-même et d'un soupir elle le donne, se serrant encore plus contre la terre dure, mâchant le lait de l'âpre fleur jaune, elle crie tout bas pour elle toute seule :« Jean, c'est toi que je veux ».

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