24/02/2008

Javier Moro: Une passion indienne.

passionL'histoire.

Lors d'un voyage en Espagne, le Rajah de Kapurthala tombe amoureux d' Anita Delgado, une jeune danseuse, et fait d'elle sa cinquième épouse. Installée en Inde dans un magnifique palais, la jeune femme refuse de vivre avec les autres épouses de son mari et se voit rejetée tant par la famille de celui-ci que par les autorités anglaises. Après avoir donné naissance à un  fils, Anita voyagera régulièrement en Europe avec le Rajah qui tente de faire de son état un modèle de progrès.

Perdant peu à peu l'amour du Rajah, Anita tombera finalement amoureuse de Karan, l'un de ses fils. Ce scandale provoquera son divorce et son retour en Espagne après 17 années de mariage. Le Rajah restera néanmoins toujours en bonnes relations avec Anita et avec son fils.

Le livre.

Cette histoire d'amour un peu extraordinaire sert en fait de prétexte à Javier Moro pour nous dépeindre les grandes pages de l'histoire de l'Inde, le fonctionnement des institutions britanniques et la vie fastueuse des Maharajahs. De nombreuses anecdotes permettent de confronter le luxe des palais et la misère des campagnes. Ce sont aussi des pages d'histoire qui narrent le passage difficile de l'Inde traditionnelle à un état moderne et indépendant.

L'auteur.

Javier Moro est né en Espagne en 1955. Il est l'auteur du Pied de Jaipur (Albin Michel), de L'Opéra sauvage (Reader's Digest) et des Montagnes de Bouddha (NIL éditions). Il a aussi écrit avec Dominique Lapierre Il était minuit cinq à Bhopal, chez Robert Laffont. Une passion indienne a rencontré un formidable succès en Espagne.



L'inde administrée par les Britanniques.

En filant vers le rendez-vous de sa vie, le train qui l'emmène quitte la province de Bombay, qui fait partie de l'Inde britannique, et pénètre dans l'Inde des prin­cipautés indépendantes : Indore, Bhopal, Orcha, Gwalior... Des noms chargés d'histoire qui ne lui disent encore rien. Ils font partie des 562 Etats indépendants (dont le Kapurthala) qui occupent un tiers de la surface totale de l'Inde. Les deux autres tiers du pays sont sous-divisés en quatorze provinces - comme Calcutta, Madras ou Bombay - et chaque province est à son tour divisée en circonscriptions. Cette Inde-là est administrée directement par les Britanniques : c'est ce qu'on appelle le British Raj. L'autre tiers est une sorte de confédéra­tion où les princes indiens gouvernent et administrent leurs Etats de façon autonome, mais toujours sous la tutelle des Anglais. La Couronne britannique est chargée des affaires étrangères, de la défense de chaque État et administre d'une façon très efficace ce gigantesque puzzle. En principe, elle ne se mêle pas des affaires internes des principautés, sauf s'il faut intercéder dans un conflit ou relever de ses fonctions un rajah rebelle dont la loyauté au vice-roi est mise en doute.

Les principautés sont aussi diverses que ceux qui les gouvernent. L'État souverain d'Hyderabad, au sud, occupe un territoire grand comme la France. À l'ouest se trouvent des parcelles minuscules, certaines ne dépassant pas un kilomètre carré. Les 282 principautés de la péninsule de Kathiawar occupent une surface équivalente à celle de l'Irlande. Le Kapurthala, d'une superficie d'à peine six cents kilomètres carrés, fait partie des cinq principautés du Penjab.

Les Anglais ont pu unifier le sous-continent grâce à une politique habile d'alliances et au miracle d'une invention moderne : le chemin de fer. Dans les gares importantes, le chef est habituellement un Anglais qui porte l'uniforme de son pays et qui, à grands coups de sifflet, donne ordre aux convois de circuler ou de s'arrêter.


L'accident de train le plus absurde de l'histoire.

Le maharajah du Gwalior avait fait venir une grue spéciale pour monter sur le toit de son palais le plus gros de ses éléphants. Résultat : le plafond s'était effon­dré et ranimai avait été blessé. Il avait simplement voulu vérifier la solidité du toit, car il avait acheté à Venise un lustre gigantesque censé rivaliser avec ceux des plafonds du palais de Buckingham. Ce même maha­rajah aimait tellement les trains qu' il en avait commandé un en miniature dont les locomotives et les wagons cir­culaient sur des rails en argent massif entre les cuisines et l'immense table de la salle à manger de son palais. Assis aux commandes, il manipulait les leviers, les manivelles, les boutons et les sirènes et contrôlait la cir­culation des trains qui transportaient des boissons, des brochettes, des cigares ou des sucreries. Les wagons-citernes, remplis de whisky ou de vin, s'arrêtaient devant le convive qui réclamait un verre. La réputation de ce train atteignit l'Angleterre, car un soir, au cours d'un banquet offert à la reine Marie, les locomotives s'emballèrent en raison d'un court-circuit, éclaboussant de vin, de xérès, de sauce aux épinards et de poulet au curry les robes et les uniformes des invités. Ce fut l'accident de chemin de fer le plus absurde de l'histoire.


La recette du chameau farci.

Invitée un jour par le maharajah Ganga Singh au plus extraordinaire des banquets dans le palais de Bikaner, Anita demande à son hôte la recette du plat succulent qu'elle est en train de déguster. Il répond très sérieusement : « Préparez un chameau entier, dépouillez-le et nettoyez-le, mettez une chèvre à l'inté­rieur et dans la chèvre une dinde et dans la dinde, un poulet. Farcissez le poulet avec une grouse, puis mettez une caille et finalement, un moineau. Assaisonnez le tout, posez le chameau dans un trou creusé dans le sol et rôtissez-le. »


Les W.-C. de la reine Mary.

A Gwalior, tandis qu'ils dînent dans la salle à man­ger rendue célèbre par le train en argent massif qui apporte les boissons aux invités, la conversation s'engage sur la tournée de George V et de la reine Mary à l'occasion du Grand Durbar. La pauvre sou­veraine n'a pas pu étrenner la nouvelle baignoire en marbre construite spécialement pour elle au palais de Gwalior, car elle s'est écroulée dès qu'elle y a posé les pieds. Pendant cette même tournée, dans un autre État du centre de l'Inde, les ouvriers n'eurent pas le temps de faire fonctionner la chasse d'eau d'un W.-C. dernier modèle, importé de Londres exprès pour la visite royale. Le problème fut résolu en plaçant deux sweepers au plafond ; l'un d'eux avec un seau d'eau dans la main et l'autre avec la mission de suivre l'action de la salle de bains à travers une fente. Quand la reine tirait la chaîne, un des sweepers faisait signe à l'autre pour qu'il verse le contenu du seau dans la chasse d'eau. Les Anglais ne découvrirent jamais le subterfuge.


Editions Robert Laffont. - Points n°1630.

18:30 Écrit par Lucky Skywalker dans Lecture | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : inde |  Facebook |

Commentaires

l art de penser trop belle l espagne

Écrit par : znagui | 10/05/2008

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