02/09/2008

Petit traité de vélosophie.

velosophie01 [web520]Didier Tronchet:

Petit traité de Vélosophie

Réinventer la ville à vélo.

Le cycliste urbain est par nature un inventeur. Son mode de transport archi-minoritaire le conforte dans l'idée qu'il vit l'ère glorieuse des pionniers. Et cette page blanche de l'histoire de l'humanité écrite de ses pneus est un beau défi qu'il relève chaque jour en même temps que la tête, un œil sur la circulation, afin d'éviter d'être un martyr prématuré.

 

Extraits.

A hauteur de vélo.

 

velosophie02 [web520]A HAUTEUR DE VÉLO, le monde est autre. D'abord et précisément grâce à ce rehaussement de point de vue. Indiscutablement, le cycliste est au-dessus de la mêlée. Cette posture tranquillement dominante ne doit pas lui conférer un sentiment de supériorité (haut mais pas hautain), simplement une petite distance de recul, qui n'est pas loin d'être celle du fumeur de pipe. Buste droit, menton haut, le cycliste flotte au-dessus de la multitude, sans mépris, mais sans non plus paraître concerné par les contingences désolantes du plancher des vaches.

Cette bonhomie le transforme en petite bulle d'hélium mobile au-dessus d'une ville en folie. Et cet état d'esprit ne peut qu'induire un regard bienveillant, aux antipodes des pupilles dilatées par la paranoïa d'un automobiliste noyé dans une agitation circula­toire, forcément hostile.

C'est aussi un regard totalement présent; à cha­que instant mille détails de l'environnement le sol­licitent, libre qu'il est de toutes carrosseries physiques ou mentales. La ville redevient amie, terrain de jeu. C'est donc le monde qui a vacillé sur son axe. Dans une infinitésimale proportion, mais vacillé quand même.

 

 

La vélosophie.

 

velosophie03 [web520]LA VÉLOSOPHIE est donc l'ensemble des idées, intui­tions et sensations nées sur un vélo. Cet espace privi­légié et paradoxal de détente dans la tension environnante produit un type de réflexion particulier, souvent proche de la fulgurance.

Ce n'est pas seulement le vélo qui est propulsé vers l'avant, c'est aussi l'esprit tout à coup percuté par une multitude d'idées météoriques, un peu comme on tra­verse un nuage de moucherons dans une descente, la bouche malencontreusement ouverte.

Cette ouverture de l'esprit avaleur de moucherons est la conséquence d'un autre phénomène également lié au vélo: le mental, ennemi de l'intuition, de par sa fâcheuse manie de parasiter les instants de grâce de ses gamberges stériles, le mental, donc, se trouve neu­tralisé à bicyclette, tout absorbé par la conduite et la sécurité du conducteur.

La partie purement créative de l'esprit peut ainsi se détacher en catimini et accueillir toutes les susdites fulgurances, en une petite orgie jubilatoire. La bête machine un brin désuète, devient outil libérateur de la pensée.

18:30 Écrit par Lucky Skywalker dans Vélo | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cyclisme |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.