24/09/2008

Vauban

Vauban [web520]Daniel Halévy - Vauban
Editions Bernard Grasset - 1924

Extrait.

Cet homme au nom si populaire, que savons-nous de lui ? quel fut son style, et l'accent de sa voix ? Nous l'igno­rons. Vauban est un symbole dont l'être nous échappe. Dans ce siècle qui s'est raconté, qui s'est montré avec génie, Vauban passe, on le voit à peine. Madame de Sévigné ne semble pas l'avoir connu. La Cour intéresse; Vauban n'en est pas. S'il vient â Versailles, c'est pour affaire pres­sante, et son séjour est bref. Il y est aussi gauche que Jean Bart glissant avec ses clous sur le parquet de la galerie des glaces ; comme le marin sent la marée, Vauban le maçon sent le plâtre et la terre. Il est toujours au loin, dans la neige, dans la boue ; s'il ne combat pas, il construit, voyage et lève des plans. Vauban s'est dévoué à son oeuvre, il y a disparu. Cette oeuvre même nous demeure inconnue. Versailles, tout concentré, visible, est un spectacle à jamais éclatant. Nous visitons, nous vénérons Versailles. Or savons-nous que Louis XIV a construit un ensemble plus grandiose encore, aussi logique, plus puissant, presque aussi beau ? Cet étonnant ensemble soustrait à notre vue par l'immensité même, c'est la frontière de la vieille France, c'est ce savant et subtil réseau de places fortes, de plaines inondables, de batteries, de canaux ; cette cuirasse de pierre, d'eau, de terre, de feux croisés, qui a dessiné la France, qui la dessine encore. Nous n'en apercevons jamais qu'un détail, la pente d'un talus, l'écusson d'une entrée. Ce détail souvent nous gêne et nous le détruisons : tel bastion est rasé et telle porte tombe. Pais nous avons beau faire, l'oeuvre est toujours debout, plus haute que nos atteintes.

18:45 Écrit par Lucky Skywalker dans Lecture | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : vauban |  Facebook |

Commentaires

Vauban, je le "vois" tous les jours à Belle-Île-en-Mer où je vis depuis plus d'un an. De nombreux ouvrages dont la fameuse citadelle flamboyent à Le Palais.

Écrit par : François | 07/10/2008

Les commentaires sont fermés.