12/02/2009

Paul Auster: Seul dans le Noir.

austerAugust Brill, critique littéraire à la retraite, contrait à l'immobilité par un accident de voiture, s'est installé dans le Vermont, chez sa fille Miriam, laquelle ne parvient pas à guérir de la blessure que lui a infligée un divorce pourtant déjà vieux de cinq ans, et qui vient de recueillir sa propre fille, Katya, anéantie par la mort en Irak, dans des conditions atroces, d'un jeune homme avec lequel elle avait rompu, précipitant ainsi, croit-elle, le départ de ce dernier pour Bagdad. 

Pour échapper aux inquiétudes du présent et au poids des souvenirs, peu glorieux, qui l'assaillent dans cette maison des âmes en peine, Brill se réfugie dans des fictions diverses dont il agrémente ses innombrables insomnies. Cette nuit-là, il met en scène un monde parallèle où le 11 septembre n'aurait pas eu lieu et où l'Amérique ne serait pas en guerre contre l'Irak mais en proie à une impitoyable guerre civile. Or, tandis que la nuit avance, imagination et réalité en viennent peu à peu à s'interpénétrer comme pour se lire et se dire l'une l'autre, pour interroger la responsabilité de l'individu vis-à-vis de sa propre existence comme vis-à-vis de l'Histoire. 

En plaçant ici la guerre à l'origine d'une perturbation capable d'inventer la « catastrophe » d'une fiction qui abolit les lois de la causalité, Paul Auster établit, dans cette puissante allégorie, un lien entre les désarrois de la conscience américaine contemporaine et l'infatigable et fécond questionnement qu'il poursuit quant à l'étrangeté des chemins qu'emprunte, pour advenir, l'invention romanesque.

Extrait.

Jusqu'à votre réveil dans ce trou, l'autre jour, vous aviez passé votre vie entière dans un monde. Mais comment pouviez-vous être sûr que c'était le seul monde?

Parce que... parce que c'était le seul que j'aie ja­mais connu.

A présent, vous en connaissez un autre. Qu'est-ce que cela vous suggère, Brick ?

Je ne vous suis pas.

Il n'y a pas qu'une seule réalité, caporal. Il existe plusieurs réalités. Il n'y a pas qu'un seul monde. Il y en a plusieurs, et ils existent tous parallèlement les uns aux autres, mondes et antimondes, mondes et mondes fantômes, et chacun d'entre eux est rêvé ou imaginé ou écrit par un habitant d'un autre monde. Chaque monde est la création d'un esprit.

Voilà que vous parlez comme Tobak. Il prétendait que la guerre se déroulait dans la tête d'un homme et que si cet homme était éliminé la guerre s'arrête­rait. C'est bien la chose la plus insensée que j'aie jamais entendue.

Tobak n'est sans doute pas le soldat le plus intel­ligent de l'armée, mais il disait vrai.

Si vous voulez que je croie une chose aussi ab­surde, il faudrait commencer par m'en donner une preuve.

Lien: http://www.actes-sud.fr/paul-auster.php
Les premières pages du livre en format pdf: http://www.actes-sud.fr/media/Seul_dans_le_noir.pdf

12:00 Écrit par Lucky Skywalker dans Lecture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : auster |  Facebook |

22/08/2006

Paul Auster: citations

 

 

Paul Auster est le plus francophone des écrivains post modernistes américains. Il vit et écrit à Brooklyn. Ses livres sont publiés en français par Actes Sud.

 

Son œuvre cache une structure narrative complexe où les digressions et les récits s’emboîtent les uns dans les autres, où l’intervention du hasard joue un rôle prépondérant et où l’identité de l’écrivain se mêle à celle du narrateur et du personnage principal du livre lui-même souvent à la recherche de son identité où de celle d’autres personnages.

 

Lien : http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Auster

 

 

L’automne amoureux.

 

« L’amour entre gens d’un certain âge a ses côtés embarrassants et ses lenteurs comiques, mais aussi une qualité de tendresse qui échappe souvent aux jeunes. Vos seins, votre queue peuvent bien avoir perdu de leur fermeté, votre peau est toujours votre peau et si quelqu’un vous caresse, vous serre dans ses bras ou vous embrasse sur la bouche, vous pouvez encore fondre comme autrefois, quand vous pensiez vivre toujours. Nous n’en étions pas encore, Joyce et moi, au mois de décembre de nos vies mais, incontestablement, mai était loin derrière nous. Ce que nous vivions ensemble, c’était un après-midi de la fin ou de la mi-octobre, l’une de ces belles journées d’automne où le ciel est d’un bleu intense, l’air vif et savoureux et où un million de feuilles tiennent encore aux branches – brunes, en majorité, mais avec encore assez d’or, de rouge et de jaune pour vous donner envie de rester dehors le plus longtemps possible. »

 

Brooklyn Follies – Actes Sud

 

Fièvre acheteuse.

 

« Elle aimait les rituels de la société de consommation, et à l’instar de tant d’Américains avant et après elle, elle pratiquait les emplettes comme un moyen d’expression, élevé parfois au niveau d’une forme d’art. Entrer dans un magasin, c’était s’engager dans un processus alchimique qui attribuait à la caisse enregistreuse des propriétés magiques de métamorphose. Désirs inexprimables, besoins intangibles, nostalgies indistinctes, passés par la boîte à finances, en ressortaient comme des réalités, des objets palpables qu’on pouvait tenir en main. Ma mère ne se fatiguait jamais de se rejouer ce miracle, et les factures qui en résultaient devinrent une pomme de discorde entre elle et mon père. »

 

Le Diable par la Queue (suivi de Pourquoi écrire ?) – Actes Sud

 

 

L’argent : une fiction.

 

« L’argent est une fiction, après tout, du papier sans valeur qui n’en acquiert que dans la mesure où un grand nombre de personnes décident de lui en attribuer. Le système est fondé sur la foi. Non sur la vérité, ni sur la réalité, mais sur la croyance collective. Et qu’arriverait-il si on sapait cette foi, si un grand nombre de personnes se mettaient soudain à douter du système ? Théoriquement, le système s’effondrerait. »

 

Le Diable par la Queue (suivi de Pourquoi écrire ?) – Actes Sud

 

16:28 Écrit par Lucky Skywalker dans Lecture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : citations, auster |  Facebook |