09/10/2006

Le Reichstag de Berlin

 

 

 

 

 

 

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Construit par Paul Wallot il y a tout juste cent ans, la "commode surchargée" du Reichtag est un exemple ostentatoire de l'historicisme allemand destiné à accueillir le Parlement de l'Empire. Le bâtiment devint symbolique dès 1918 lorsque la République fut proclamée de l'une de ses fenêtres puis, en 1933, lors de son incendie criminel qui fut le prétexte à la suspension des conditions démocratiques en Allemagne par les national-socialistes.

 

Après les importantes destructions causées par la guerre et le dynamitage de sa coupole au cours des années cinquante, le Reichstag fut restauré  par l'architecte Fritz Baumgarten pour accueillir des réunions parlementaires. Devenu symbole des espérances déçues de la réunification du pays, le Reichstag fut promis enfin à une nouvelle vie en 1991 lorsque Berlin redevint capitale de l'Allemagne réunifiée.

 

Un concours fut alors organisé pour vider et réaménager le Reichstag redevenu le siège du Parlement. Le bureau de l'architecte Foster fut finalement retenu en 1993 et les travaux commencèrent en 1995 après que Christo ait emballé et ficelé le bâtiment pendant une durée de six semaines dans des bandes de tissu synthétique gris-argent.

 

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Le projet de reconstruction de la coupole vitrée de Wallot devint rapidement l'objet de toutes les discussions pour finalement aboutir au projet d'une coiffe vitrée, accessible aux visiteurs par une double rampe hélicoïdale et offrant une vue dans la salle des séances et un panorama sur la ville.

 

Du haut de cette coupole, le peuple berlinois établi visuellement et symboliquement le lien entre la ville que l’on domine et les parlementaires qui siègent à la tribune, les seuls reflets d’une verrière venant perturber quelque peu le contrôle démocratique que l’on pourrait exercer directement sur leurs écrits. Le système de ventilation, sorte de haut-parleur dressé symboliquement comme une corne d’abondance vers l’ouverture béante de la coupole, semble, dans une profonde respiration, transmettre à la ville le message des parlementaires. A moins qu’il ne serve de cornet acoustique géant pour mieux appréhender les requêtes des électeurs…

 

La structure de verre hémisphérique, véritable voûte crânienne de la démocratie, et les mouvements tournoyant des visiteurs sur la double rampe hélicoïdale ne symbolisent-ils pas aussi le tourbillon des réflexions qui devrait agiter le crâne de l’assemblée qui siège un peu plus bas ?... Et dans ce lieu aussi symbolique qu’une cathédrale gothique, le soleil, par un jeu de miroirs réfléchissants, apporte aussi aux têtes pensantes de l’élite politique sa lumière, tamisée par un filtre qui coordonne avec l’astre son imperceptible déplacement.

 

Ce lieu de l'histoire berlinoise et allemande est évidemment chargé d'une importante symbolique qui échappe certainement à la plupart des nombreux visiteurs qui se précipitent pour la visite de ce haut lieu touristique berlinois.

 

 

 

 

 

 

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Site du Reichstag avec visite virtuelle : http://www.bundestag.de/htdocs_f/index.html

Le Reichstag sur le site « In Berlin » avec de nombreuses photos : http://inberlin.free.fr/Regierungsviertel/Reichtag/Reicht...

18:45 Écrit par Lucky Skywalker dans Architecture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : architecture, berlin |  Facebook |

29/05/2006

Berlin, la "Nouvelle Teutonie".

 

 

 

 

C'est au siècle des Lumières que l'urbanisme de Berlin connut un essor qui fit d'elle l'une des plus grandes métropole européenne qui finira par couvrir près de huit fois la superficie de l'agglomération parisienne.

 

Hans Stimman, s'exprimant dans son "Planwerk Innenstadt", fut le premier urbaniste planificateur de la ville. C'est lui qui fut à l'origine du style berlino-prussien de ses bâtiments anciens dont l'enveloppe massive et basse, d'une hauteur imposée de 22 mètres, devait être enveloppée de façades en pierre naturelle, percée d'ouvertures régulières.

 

Avant la première guerre mondiale, Berlin, seule ville allemande sans véritable passé architectural ancien, avait l'aspect d'une ville militaire prussienne dont les façades colorées de tons pastels ocre, rose et bleu ne pouvaient rien enlever à son austérité, à sa froideur et à sa rigidité peut-être due à la présence entre ses murs de nombreux juifs et descendants des huguenots.

 

Ces bâtiments prussiens allaient ensuite être recouverts des ombres noires de la révolution industrielle qui allait transformer la capitale en ville d'effroi, à l'odeur de goudron et de fumées. Berlin allait en effet alors connaître la plus forte concentration ouvrière de toute l'Allemagne. A la création de nouveaux quartiers prolétaires allait s'adjoindre le casernement des soldats dans des anciens immeubles, juxtaposant ainsi les îlots sinistres, lugubres, misérables et surpeuplés. Cette situation explique sans doute la transformation de Berlin en véritable forteresse du Parti Communiste allemand où le Troisième Reich hésitera longtemps à pénétrer.

 

Après 1870, Berlin devint capitale du Reich: de ville militaire, elle acquiert la réputation d'être aussi une ville provinciale. La ville s'étend jusqu'à la campagne suite à la construction de quartiers de nouveaux riches, principalement à l'Ouest. Elle est en fait constituée de villes juxtaposées aux contrastes sociaux importants.

 

 

 

 

 

Après la première guerre mondiale, Berlin devint, sous la république de Weimar, une importante métropole culturelle et artistique d'avant-garde avant que les Nazis ne détruisent les vieux quartiers historiques de l'Est afin d'y organiser les parades de chars dans les grandes artères nouvellement créées.

 

La guerre et la ruine imprimèrent ensuite la mémoire de la ville dans la pierre en y laissant les traces des balles et des bombardements, devenues invisibles dans les autres villes allemandes. Berlin devint ainsi une ville de ruine portant le deuil de l'histoire.

 

Le style réaliste socialiste des années 50 marqua ensuite la ville à l'Est, notamment par la destruction complète de l'Alexanderplatz pendant qu'à l'Ouest, les destructions étaient opérées par soucis de rentabilité. La froideur des quartiers neufs de la RDA, due à la médiocrité de leur architecture, se juxtaposa aux constructions neuves de l'Ouest dont certaines, sous l'impulsion d'une vie artistique très féconde, peignirent leurs façades de l'ombre des immeubles précédents et témoignèrent ainsi de la mémoire des lieux disparus.

 

Lors de l'érection du mur, la ville fut recouverte d'une nouvelle chape de tristesse. Ceux qui l'aimaient choisirent de continuer à y vivre et, par une sorte de masochisme, décidèrent d'établir un no man's land autour de cette frontière de la honte en rasant toutes les constructions qui la voisinaient à l'Ouest et en établissant à l'Est une barrières de bâtiments sinistrement murés et d'immeubles rébarbatifs à vocation administrative.

 

La disparition du mur laissera un grand vide ouvert à toutes les promesses, une juxtaposition de tissus morts ou paralysés avec des tissus vivants actifs qui donnent à la ville son caractère si particulier. Au nom de la reconquête de la mémoire et dans l'euphorie de la réunification, on luttera violemment, dans les quartiers turcs du Kreutzberg, contre la démolition des vieux immeubles, on tracera sur le sol un large trait rouge marquant l'emplacement du mur de la honte disparu, on emballera de toile de bâche le Reichstag promis à la rénovation, on reconstruira en trompe-l'œil la façade du château des Hohenzollern peinte sur une toile géante et on édifiera, à l'emplacement du bunker d'Hitler, l'utopie architecturale et urbanistique post-moderniste du nouveau millénaire, témoignage de la démesure des grands projets institutionnels de l'Allemagne nouvelle.

 

La nouvelle capitale allemande est déchirée entre deux objectifs contradictoires: se donner une image de vraie capitale et assurer un développement économique rapide. Elle manque en effet d'une véritable vision unifiée. Que garder de l'histoire prussienne, hitlérienne ou communiste de la ville, histoire à l'image sinistre et négative? Comment construire une vision à plus long terme du rôle de l'Allemagne et de sa capitale dans une Europe qui s'étend de plus en plus à l'Est? Comment définir cette vision qui dépasserait l'urgence des prochaines années?

 

La ville hésite entre le conformisme de la vieille formule imposant le block comme module de base à la reconstruction de la ville et l'appel des expériences conceptuelles déconstructivistes les plus radicales, entre un style traditionnel légitimé dans la tradition et une architecture plus démocratique,  plus actuelle ou même avant-gardiste par rapport à un style plus berlinois que berlinois et que certains nomment déjà la "Nouvelle Teutonie"...

 

 

 

 

 

07:15 Écrit par Lucky Skywalker dans Urbanisme | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : architecture, urbanisme, berlin |  Facebook |

28/05/2006

Berlin, capitale improbable.

 

 

 

 

 

Si, à l'exemple des guides qui souhaitent satisfaire toutes les curiosités touristiques, l'expression "ville de contraste" est presque éculée, c'est pourtant le qualificatif qui convient le mieux à la ville de Berlin.

 

Lorsque l'on débarque du train ou du bus à la gare du jardin zoologique, on est frappé par la banalité des lieux. Si ce n'était la présence des ruines de la tour de l'église dédié à l'empereur Guillaume Ier, juxtaposition d'une dent creuse et d'un bâton de rouge à lèvre devenue le symbole de Berlin et conservée pour témoigner de l'horreur de la guerre, la largeur des avenues abondamment arborées et parcourues par des cyclistes suréquipés et des vélos-taxis aux allures futuristes et les amateurs de football agitant des drapeaux dans un concert tonitruant de klaxons de voitures, si ce n'était tout cela, l'Europa-Center  et l'avenue commerçante Tauentzienstrasse menant au grand magasin KaDeWe seraient d'une banalité désespérante.

 

Mais Berlin est une ville qui se mérite. Et ce quartier est à l'image de la ville... En le parcourant un peu plus tard en véritable curieux, vous y serez surpris par la juxtaposition d'images hétéroclites et la richesse des contrastes architecturaux et sociaux qui témoignent de l'absorption par cette capitale "introuvable" de toutes les incongruités contemporaines de sa dyslexie urbanistique.

 

Ici, on ne peut s'empêcher de penser aux "Cités obscures" de François Schuiten, ce célèbre "urbatecte" surréaliste qui publie ses planches aux éditions Casterman: les immeubles insipides des années 60 se juxtaposent aux structures métalliques des transports aériens, les aubettes populaires de la gare aux maisons et jardins bourgeois de la Fasanenstrasse et les immeubles exotico-rococo du jardin zoologique à la tour post-moderniste du Kant-Dreieck, œuvre de l'architecte Josef Paul Kleihues, couronnée d'une girouette de 18 mètres de haut, véritable crête de coq placée là avec ostentation en hommage à Joséphine Baker...

 

 

 

 

 

 

C'est la croisière en bateau sur la Spree et le Landwehrkanal qui confirmera le mieux cette première impression en vous menant du château baroque de Charlottenburg, au pont néo-gothique Oberbaumbrücke sur la Spree et aux statues gigantesques de trois lutteurs de métal se reflétant dans les eaux d'un lac où passe une vieille péniche à vapeur et où se mire un hydravion jaune prêt à prendre son envol.

 

Entre temps, vous aurez navigué devant d’anciennes friches industrielles rénovées, de beaux quartiers résidentiels, de clinquants immeubles administratifs et de sinistres bâtiments d'avant ou d'après-guerre, le nouveau parlement et la coupole futuriste du Reichtag rénové, les lourds et massifs édifices de l'île des musées partiellement fermés pour cause de rénovation et la dégoulinante coupole néo-baroque de la cathédrale, la sphère de béton et de métal supportant les antennes de la Fernsehturm ainsi que le quartier St-Nicolas reconstruit plus vrai que nature dans un style que n'aurait pas dédaigné Walt Disney.

 

Au retour, votre bateau passera sous les structures métalliques art déco de la station de métro Hallesches Tor, le vieux coucou américain suspendu à une esquisse de façade du futur musée des transports et des techniques, un pont de métro pénétrant avec insolence par le porche d'entrée d'un vaste immeuble, l'ombre immense des grandes arches administratives fermant le nouveau quartier de la Potsdamerplatz, le vaisseau de verre et de métal noir conçu en 1963 par Mies van der Rohe sur le Kulturforum et enfin, avant l'accostage, sous la façade immaculée du Bauhaus-Archiv, autre vitrine d'un mouvement en son temps novateur.

 

 

 

 

 

 

Déjà, vous serez étonné. Et pourtant, vous ne serez pas au bout de vos surprises! Prenez le métro, renommé pour son efficacité, et allez voir aussi la célèbre porte de Brandebourg dont notre arche du Cinquantenaire n'a pas à pâlir, la Colonne de la Victoire, perdue au milieu du Tiergarten et minuscule au milieu de son rond-point, les bâtiments historiques d'Unter den Linden, peu dignes d'intérêts, défigurés par les canalisations roses et bleues qui surplombent le chantier s'étirant tout au long de l'avenue, les coupoles de la place de l'Académie disparaissant au milieu d'une forêt de gradins métalliques disposés pour un spectacle, les rues barrées et les immeubles en démolition éparpillés partout dans le Berlin en devenir... Et malgré tout cela, vous serez cependant étonné par les zig-zag métalliques du Musée Juif nouvellement construit par Günter Schneider, par la chaleur des façades rouges de la place dédiée à Marlène Dietrich dans le quartier de la Potsdamerplatz et surtout par le gigantesque parapluie blanc qui couvre les immeubles du Sony Center, œuvre des architectes Helmut Jahn et Philip Castillo et surtout la coupole futuriste du Reichtag, rénové par Norman Foster, lieu symbolique par excellence du nouveau Berlin.

 

En parfait touriste, n'oubliez pas non plus de jeter un coup d'œil aux musées berlinois. Malgré une présentation parfois un peu démodée et un cadre désuet, il n'en reste pas moins vrai qu'il y a dans ces musées berlinois des collections à faire pâlir d'envie les plus grands musées du monde, depuis la fameuse tête de Néfertiti jusqu'au monuments reconstitués dans le Musée de Pergamme en passant par les trésors découverts à Troie par Schliemann et les peintures romantiques de Caspar David Friedrich. Si vous avez encore du courage, allez faire un tour dans le parc du château de Charlottenburg dont la façade baroque jaune pastel cache de nombreuses salles d'exposition et des appartements au lourd mobilier d'une esthétique aujourd'hui peu convainquante.

 

Car Berlin, c'est tout cela: un musée à ciel ouvert du Troisième Millénaire, au visage défiguré, unique et contrasté, une allégorie bâtie de puissances totalitaires, une trace des pouvoirs déchus, un rideau de deuil de l'horreur et de l'utopie, une façade ravalée des drames, un miroir pour les rêves. C'est un amalgame d'empires, d'années folles, de Bauhaus, de Troisième Reich, de RDA, de futurisme, d'utopies modernes et post-modernes, le tout rassemblé dans un contexte hétérogène et distendu. C'est une juxtaposition surréaliste d'immeubles prussiens stricts et colorés, de bâtiments d'avant-guerre criblés de balles, de parcs immenses redevenus bois sauvages, d'étendues trouées d'espaces vacants et désolés, de monuments modernes se dressant dans leur solitude, de grands chantiers ouverts sur des lendemains meilleurs et de lieux où se côtoient le deuil et le mémoire. Ce n'est finalement qu'un vieux patchwork troué, rapiécé avec des morceaux de textiles en nouvelles fibres synthétiques...

 

 

 

 

 

 

 

19:46 Écrit par Lucky Skywalker dans Urbanisme | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : architecture, urbanisme, berlin |  Facebook |