16/02/2007

Citation de Léon Tolstoï.

Tous les hommes font la même erreur, de s'imaginer que bonheur veut dire que tous les voeux se réalisent.

Léon Tolstoï.

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21/01/2007

Paul Auster: La Solitude du Labyrinthe

Auster01

PAUL AUSTER

et Gérard de Cortanze

 

LA SOLITUDE DU LABYRINTHE

Essai et entretiens

 

Actes Sud - 1997, 2004

ISBN 2-7427-5255-2

Collection Babel

 

 Le temps.

Le temps découvre les secrets, obscurcit plus qu’il n’éclaire, donne un sens aux choses qui devraient peut-être ne pas en avoir.

 

 Le chaos.

Chacun tente de déchiffrer son propre chaos dans celui des autres.

 

 Le changement.

On parle toujours du caractère des gens comme s'il était immuable, figé à jamais. Je pense qu'une personnalité est constituée d'une infinité de gammes, de couleurs au spectre très large. L'être humain renferme de multiples possibilités. Examinons un homme très attentivement, il est habité par tant d'idées, d'opinions, d'actions et de réactions qui se contredisent. Le même événement, qui la veille encore me semblait tragique, revêt aujourd'hui un caractère des plus comiques, et m' apparaît, le lendemain, comme quelque chose de tout à fait neutre, sans intérêt: il me laisse indifférent. Reconnaître que nous changeons constamment, qu'une sorte de continuum, de flux d'émotions et de pensées, nous anime, voilà peut-être l'origine de toutes ces personnalités divisées - doubles, triples - qui parcourent mes livres. Le fait de reconnaître, d'accepter et de pénétrer nos contradictions, nous conduit sur des chemins bien étranges.

 

 La solitude.

Je crois; malgré tout, que chaque personne est seule, tout le temps. On vit seul. Les autres nous entourent mais on vit seul. Chacun est comme enfermé dans sa tête et pourtant nous ne sommes ce que nous sommes que grâce aux autres. Les autres nous "habitent". Par "autre", il faut entendre la culture, la famille, les amis, etc. Parfois, on peut percer le mystère de l'autre, le pénétrer, mais c'est tellement rare. C'est l'amour, surtout, qui permet une telle rencontre. Il y a environ un an, j'ai retrouvé un vieux cahier du temps où j'étais étudiant. J'y prenais des notes, j'y enfermais des idées. Une citation m'a particulièrement troublée: "Le monde est dans ma tête. Mon corps est dans le monde." J'avais dix-neuf ans et cela continue d'être ma philosophie.

 

 Le regard sur les autres.

Il y a en France une tradition du regard: on se regarde les uns les autres, on s'épie. Lorsque je suis dans un café, en France, il est très amusant pour moi d'observer comment les gens se dévisagent. C'est un véritable jeu. Les Américains en général et les New-Yorkais en particulier ne le pratiquent pas. A Paris, tout est plus homogène. On partage les mêmes attitudes, les mêmes gestes, les mêmes idées. Ici, tout est tellement diffus, multiple, qu'on ne s'intéresse pas vraiment aux autres. Il règne à New York comme un étrange sentiment de peur. On ne veut surtout pas se mêler de l'espace d'un autre, pénétrer dans son territoire.

 

 La marche.

Ce qu'on fait en réalité, quand on marche dans une ville, c'est penser. On effectue un trajet physique, on avance pas après pas. Un circuit s'établit et durant le trajet, des pensées surgissent, accompagnant la marche. Les pensées font, elles aussi, une sorte de voyage. On peut tout aussi bien voyager dans sa tête, assis dans une chambre. Il y a une trentaine d'années, William Burroughs se promenait avec un carnet dont les pages étaient divisées en trois colonnes: ce qu'il voyait, ce qu'il pensait et ce qu'il lisait. Les similitudes et les contradictions entre ces trois éléments étaient une chose intéressante à observer.

 

La marche est un rythme qui rend possible l'émergence des souvenirs. Se souvenir, penser, c'est presque la même chose, non? Un ami poète, grand marcheur, qui était capable d'aller de New York à Cape Cod à pied, m'a dit qu'il ne faisait jamais plus de deux miles à l'heure afin de ne pas perdre des choses, de ne rien oublier de ce qu'il voyait. Cette idée de la "qualité" de la marche est quelque chose de fondamental.

 

 L’œuvre d’art.

Une œuvre d'art, ce n'est pas comme une équation mathématique: aucune solution ne doit être trouvée puisqu'il n'y a pas de solution. L'œuvre est une expérience et l'expérience naît d'un manque de savoir. Ce n'est pas le savoir qui donne le désir de la réaliser mais son contraire. Celui qui a des idées très fixes, rigides, des certitudes, ne peut être un artiste. Faire de l'art, c'est explorer des domaines qu'on ne comprend pas et qui vous échappent. J'ai souvent l'impression que le fait même de pouvoir dire quelque chose au sujet d'un tableau ou d'un livre, que le "commentaire" en somme, surtout s'il est juste et pertinent, signifie la présence d'un centre intouchable. Le noyau central de l'œuvre est inatteignable, comme une étoile brillante. On ne peut l'approcher sans encourir une possible destruction. Il y a donc risque et danger. On peut contourner l'étoile, l'observer de loin, mais toute pénétration est impossible. C'est comme si l'on creusait un trou sans fin.

 

 Paternité et narration.

Lorsque j'étais plus jeune, j'éprouvais de grandes difficultés à écrire des textes en prose qui soient dignes d'être publiés. J'avais beau les récrire et les récrire, je n'étais jamais satisfait. Je n'ai pas vraiment d'explication, mais toujours est-il qu'après la naissance de mon fils j'ai trouvé l'entrée qui me permettait de pénétrer dans un processus d'écriture jusqu'alors totalement bloqué. C'est peut-être une coïncidence, mais cette idée d'être père, c'est-à-dire l'arrivée en masse des responsabilités - on ne vit plus que pour soi - a été pour moi déterminante. Dès lors qu'on devient père on se place dans une lignée chronologique. On sent parfaitement, au plus profond de soi et immédiatement, qu'on appartient à une génération qui va passer, et qu'on devra, à un moment ou à un autre, céder la place à la prochaine. Vous êtes soudain propulsé dans une autre vision du temps. Vous appartenez à une nouvelle dimension du temps. Je crois que ce "placement" différent dans la temporalité déclenche la narration, la possibilité de raconter, car raconter est un événement qui ne peut avoir lieu que dans le développement du temps.

 

 Rendre le monde meilleur.

Une vie, comme on dit, est très courte. Je trouve tragique qu'une personne, par suffisance, cruauté, imbécillité, gaspille ce temps si infime. Chacun peut croiser, dans sa vie, des personnes qui inspirent les autres gens, qui, par leur simple présence, rendent le monde meilleur. Ces êtres peuvent être d'ailleurs très simples, n'avoir rien de particulièrement extraordinaire et pourtant ils portent en eux quelque chose de magique. D'autres, au contraire, détruisent tout ce qu'ils touchent...

 

 L’amour.

L’amour transforme définitivement un être, le fait sortir de lui-même et, dans le même temps, lui permet de devenir quelqu'un d'autre. Oui, l'amour permet de se trouver. Alors on peut faire don de soi, en ce moment précis où l'on peut tout donner. Je ne parle pas uniquement de l'amour physique, entre un homme et une femme, mais aussi de l'amour qu'on peut éprouver pour une idée, une cause, pour quelque chose qui est plus grand que soi.

 

 La connaissance de soi.

Il ne s'agit pas de sortir de soi pour aller vers les autres, mais sans les autres nous ne sommes pas entiers, complets. Nous nous entremêlons tous. C'est dans cet enchevêtrement que peut naître la connaissance de soi.

 

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18/11/2006

Pierre Magnan: Apprenti.

Je me retrouve bien heureux avec Louisette contre moi. Je me remets à chanter avec une vigueur renouvelée. Ma minable personne est engloutie par la nuit souveraine. Mon legato laisse à désirer mais ma passion en tient lieu. J'arrive à sangloter dans le vibrato, même Louisette peut croire que mon plumage ressemble à mon ramage.

Alors... Mais comment ai-je pu faire ça? Comment ai-je pu oser? Comment le donner à croire? Comment as-t-elle pu accepter?

Alors, je lui ai pris les seins dans les paumes de mes mains. Je me souviens parfaitement de leur volume, de leur dureté, de leur poids, de leur chaleur inouïe.

Et si je pleure en écrivant ceci, croirez-vous encore que j'ai enjolivé les choses et que c'est mon regret pour ma jeunesse qui parle et que je me laisse aller à mon imagination de romancier?

Je suis sûr que pendant les quinze kilomètres qui séparent Gréoux de Manosque l'ayant toute entière contre moi et ses seins emprisonnés entre mes doigts (elle n'avait pas de soutien-gorge), honteux d'avoir peut-être les ongles en deuil, je n'ai jamais bandé pour elle, jamais je ne l'ai considérée comme l'une des femmes imaginaires de mes nuits de plaisir solitaire. Je la serrais contre moi religieusement. Je n'ai pas prononcé une parole, sauf mes chansons semées derrière nous, pour l'éternité enfuies.

J'avais envie de l'aimer mais pas de cet amour que le monde connaît. Je l'aimais par ma tête et par mon coeur et aujourd'hui encore, morte, c'est ainsi que je l'aime.

 

Pierre Magnan.

Extrait de "Apprenti" - Editions Denoël 2003 - Folio n° 4215 - ISBN 2-07-030807-3

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Jean Giono: citation

Il faut sinon se moquer du moins se méfier des bâtisseurs d'avenir, surtout quand pour bâtir l'avenir des hommes à naître, ils ont besoin de faire mourir les hommes vivants. L'homme n'est la matière première que de sa propre vie.

Jean Giono.

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03/10/2006

Un gros misanthrope

 

obesite

 

"Vous vous êtes peut-être demandé pourquoi j’ai ces deux grands plis d’amertume de chaque côté de la bouche qui me font ressembler à un vieux chien d’arrêt ? Je les ai eus très tôt. De même que j’ai grossi très tôt. Un jour, je me suis mis à manger pour me consoler des hommes comme certaines femmes le font prématurément pour se consoler de l’amour enfui.

 

On croit souvent que les gros sont joviaux. Moi-même je m’applique à l’être autant que possible. En me voyant, on dit : « C’est un bon gros. » Non. Je suis un méchant gros. Un gros qui est un vrai misanthrope, c’est-à-dire non seulement qui n’aime pas autrui, mais encore qui ne s’aime pas soi-même. Celui qui s’aime n’est pas un vrai misanthrope. Pour l’être, il faut avoir bien conscience que l’on porte en soi ce qui vous fait horreur chez le prochain."

 

Extrait de « Guernica » de Pierre Magnan, publié dans « Les Secrets de Laviolette », Folio policier n°133 – Editions Denoël – ISBN 2-07-041038-2

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26/09/2006

L'Arbre - Pierre Magnan

 

 arbre magnan

 

 

 

 

 

 

 

L’Arbre.

Pierre Magnan

 

Folio n°3697

Editions Denoël – ISBN 2-07-042318-2

Texte extrait des Secrets de Laviolette (Folio Policier n°133)

 

 

« Ce chêne, on ignore son âge. On dit centenaire pour simplifier les choses, mais de combien de siècles, ça on ne sait pas. Son fût s’élève à plus de huit mètres avant que la première branche maîtresse ne fuse de lui pour s’étendre à l’horizontale. On dit centenaire mais pour le façonner tel qu’il est, c’est plutôt trois cent ans qu’il a fallu. Le vent du nord-ouest l’a saisi dans son erre de plein fouet sitôt qu’il a été en âge de lui donner prise et s’il l’a laissé pousser droit, en revanche, il s’est occupé de ses frondaisons pour les étirer démesurément sous son souffle.

 

D’ordinaire, les rameaux d’un chêne s’étalent harmonieusement avec son tronc pour axe et la nature ne permet pas que les branches maîtresses soient plus longues d’un côté que de l’autre. Mais celui-ci, malencontreusement placé dans l’axe exact du vallon, il offrait au vent du nord-ouest une prise idéale. Il y avait gagné que, d’un côté, ses frondaisons rebroussées étaient atrophiées et que, de l’autre, elles fuyaient sous le courant d’air jusqu’à s’étendre à l’horizontale, pour les plus puissantes, sur une distance de près de dix mètres. Lorsqu’on se trouvait au-dessous de la plus basse, c’était un énorme serpent de bois torsadé et contourné qui vous dominait jusqu’à cette extrémité de ramure qui surplombait le vide d’un ravin.

 

Pour compenser cette disproportion, l’arbre avait dû s’ancrer dans l’autre sens sur le banc de roche où il était assis, entre les dalles du mille-feuille calcaire qui lui servait de support. Il y avait inséré deux racines qui avaient fait éclater le roc. On pouvait les suivre à l’oeil nu, bandées comme d’énormes muscles sous tension qui resurgissaient çà et là à l’air libre dans l’éboulement du talus et qui semblaient palpiter d’une pulsation convulsive sous l’effort immobile qui les sous-tendait.

 

Sous la lune, la nuit, elles ruisselaient, bardées d’écailles fallacieuses et comme en mouvement, en train de ramper vers quelque proie qu’il importait d’encercler. »

 

Retrouvez Pierre Magnan sur son site Internet : http://www.lemda.com.fr/

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22/08/2006

Paul Auster: citations

 

 

Paul Auster est le plus francophone des écrivains post modernistes américains. Il vit et écrit à Brooklyn. Ses livres sont publiés en français par Actes Sud.

 

Son œuvre cache une structure narrative complexe où les digressions et les récits s’emboîtent les uns dans les autres, où l’intervention du hasard joue un rôle prépondérant et où l’identité de l’écrivain se mêle à celle du narrateur et du personnage principal du livre lui-même souvent à la recherche de son identité où de celle d’autres personnages.

 

Lien : http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Auster

 

 

L’automne amoureux.

 

« L’amour entre gens d’un certain âge a ses côtés embarrassants et ses lenteurs comiques, mais aussi une qualité de tendresse qui échappe souvent aux jeunes. Vos seins, votre queue peuvent bien avoir perdu de leur fermeté, votre peau est toujours votre peau et si quelqu’un vous caresse, vous serre dans ses bras ou vous embrasse sur la bouche, vous pouvez encore fondre comme autrefois, quand vous pensiez vivre toujours. Nous n’en étions pas encore, Joyce et moi, au mois de décembre de nos vies mais, incontestablement, mai était loin derrière nous. Ce que nous vivions ensemble, c’était un après-midi de la fin ou de la mi-octobre, l’une de ces belles journées d’automne où le ciel est d’un bleu intense, l’air vif et savoureux et où un million de feuilles tiennent encore aux branches – brunes, en majorité, mais avec encore assez d’or, de rouge et de jaune pour vous donner envie de rester dehors le plus longtemps possible. »

 

Brooklyn Follies – Actes Sud

 

Fièvre acheteuse.

 

« Elle aimait les rituels de la société de consommation, et à l’instar de tant d’Américains avant et après elle, elle pratiquait les emplettes comme un moyen d’expression, élevé parfois au niveau d’une forme d’art. Entrer dans un magasin, c’était s’engager dans un processus alchimique qui attribuait à la caisse enregistreuse des propriétés magiques de métamorphose. Désirs inexprimables, besoins intangibles, nostalgies indistinctes, passés par la boîte à finances, en ressortaient comme des réalités, des objets palpables qu’on pouvait tenir en main. Ma mère ne se fatiguait jamais de se rejouer ce miracle, et les factures qui en résultaient devinrent une pomme de discorde entre elle et mon père. »

 

Le Diable par la Queue (suivi de Pourquoi écrire ?) – Actes Sud

 

 

L’argent : une fiction.

 

« L’argent est une fiction, après tout, du papier sans valeur qui n’en acquiert que dans la mesure où un grand nombre de personnes décident de lui en attribuer. Le système est fondé sur la foi. Non sur la vérité, ni sur la réalité, mais sur la croyance collective. Et qu’arriverait-il si on sapait cette foi, si un grand nombre de personnes se mettaient soudain à douter du système ? Théoriquement, le système s’effondrerait. »

 

Le Diable par la Queue (suivi de Pourquoi écrire ?) – Actes Sud

 

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