12/04/2007

Ode à Salvador Dali.

0 Salvador Dali à la voix olivienne

Je dis ce que me disent ta personne et tes toiles.

Je ne loue point ton imparfait pinceau adolescent,

mais je chante la parfaite direction de tes flèches.

 

Je chante ton bel effort de lumières catalanes,

ton amour pour ce qui possède son inexplicable possible.

Je chante ton coeur astronomique et tendre,

de jeu de cartes français indemne de blessure.

 

Je chante l'anxiété de statue que tu poursuis sans trêve,

la peur de l'émotion qui t'attend dans la rue.

Je chante la petite sirène de la mer qui chante,

montée sur une bicyclette de coraux et de coquilles.

 

Mais avant tout je chante une pensée commune

qui nous unit aux heures obscures et dorées.

Ce n'est point l'art la lumière qui nous aveugle les yeux.

C'est d'abord l'amour, l'amitié ou l'escrime.

 

C'est, avant le tableau que, patient tu dessines,

le sein de Thérèse, à la peau d'insomnie,

la boucle serrée de Mathilde l'ingrate,

notre amitié peinte comme un jeu de l'oie.

 

Que des traces dactylographiques de sang sur or

rayent le coeur de la Catalogne éternelle.

Que des étoiles comme des poings sans faucon t'illuminent,

tandis que fleurissent ta peinture et ta vie.

 

Ne regarde pas la clepsydre aux ailes membraneuses,

ni la faux terrible des allégories.

Revêts et dénude toujours ton pinceau dans l'air,

face à la mer peuplée de marins et de barques.

 

FREDERICO GARCIA LORCA (1926,trad. J.C.)

19:30 Écrit par Lucky Skywalker dans Citations | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poesie, dali, garcia lorca |  Facebook |