01/09/2008

La Ménagerie de Versailles.

ménagerie [web520]L'auteur: Frédéric Richaud

Frédéric Richaud est né en 1966. Il est l'auteur de plusieurs romans, tous publiés chez Grasset: Monsieur le Jardinier (1999), la Passe au Diable (2002), La Ménagerie de Versailles (2006) et, récemment, Jean-Jacques (2008).

Le Livre: La Ménagerie de Versailles.

Depuis que Louis XIV a fait construire une ménagerie non loin du château de Versailles, le marquis de Dunan ne dort plus. Et s'il fournissait au roi une bête féroce, aux côtés des pélicans et des autruches qu'admirent déjà les courtisans ? Sa gloire et sa fortune seraient faites... Mais Dunan court en vain les foires du royaume les spécimens intéressants sont rares. Il en faudrait plus pour décourager notre homme, qui se lance alors dans une folle aventure où les fauves ne sont pas toujours ceux qu'on croit...

 

 Extraits:

Arrivée à Saint-Louis au Sénégal.

 

Ils longèrent sur plusieurs milles une langue de sable que la carte du marquis désignait sous le terme de « pointe de Barbarie ». Après avoir contourné son extrémité et passé l'énorme roulis que fait le Sénégal en se jetant dans la mer, ils remontèrent un couloir d'eau vigoureux, délimité à bâbord par la langue de sable et, à tribord, par des terres en grande partie marécageuses. Celles qui ne l'étaient pas étaient occupées par des champs de mil ou des troupeaux de moutons ou de chèvres.

Leur arrivée aux abords de Saint-Louis ne passa pas inaperçue. Par coutume, la population indigène se précipite vers chaque bateau qui vient du large et essaye de monter à son bord. Le marquis craignait que les Noirs qui s'avançaient vers lui en pirogue soient animés de mauvaises intentions, mais il se rendit bientôt compte qu'il ne s'agissait que d'enfants en quête de présents.

 

Le capitaine ne voulut pas qu'ils montent à bord. Il leur fit lancer des objets brillants de moindre valeur, fit bastonner les mains de ceux qui s'agrippaient à la coque et finit par faire donne un coup de canon qui fit déguerpir tout le monde.

 

Quelques minutes plus tard, L'Aurore mouilla tranquillement au milieu du fleuve, non loin de Saint-Louis.

Pour se faire une idée de cette île, il faut se représenter un morceau de terre plane long d'environ un mille et large de la moitié d'un. Il faut ensuite imaginer sur cet espace un assez grand village constitué de cabanes et de petites maisons au milieu desquelles serpentent des ruelles d'où surgissent des têtes de palmiers. Enfin, il faut mettre du soleil partout et peindre le ciel d'un bleu aussi dense que celui des vitraux de Notre-Dame.

 

 

Les mésaventures de Monsieur de Verandois.

 

La conversation tourna. Grammont demanda au marquis de parler de la France, du Roi, de la Cour... Si sa fille fut captivée par la description des palais et des jardins, il fut, quant à lui, surtout intéressé par la mésaventure qui était arrivée à un certain monsieur de Verandois:

 

« Le comte essayait d'attirer l'attention du Roi au moyen de tenues extravagantes et de puissants éclats de voix, lui expliqua le marquis. Or, Sa Majesté, vous le savez peut-être, déteste le bruit. Pour bien montrer au comte comment il devait se comporter, Elle ne lui adressa plus la parole. Dépité, le comte alla à la guerre, espérant que des faits glorieux lui feraient reconquérir sa place. Il fut six mois sans rentrer. Il revint, le bas de la mâchoire emporté par un obus. C'est ainsi qu'il se présenta au Roi un matin. Savez-vous ce que ce dernier lui dit ?

"Monsieur de Verandois ? C'est impossible. Je connais cet homme et je parierais que, même s'il avait eu la bouche arrachée, il aurait trouvé quel­que chose à nous dire. Je ne vous connais pas, monsieur".

Autant vous dire, cher monsieur Grammont, que ce trait fut rapidement connu et que tout le monde fit de son mieux pour ne pas reconnaître le comte. Il repartit à la guerre. Et cette fois-ci, pas un seul morceau ne revint. »

19:00 Écrit par Lucky Skywalker dans Lecture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : saint-louis, senegal |  Facebook |