22/07/2008

Alain Baraton: Le Jardinier de Versailles

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Jardinier en chef du Domaine national de Trianon et du Grand Parc de Versailles, Alain Baraton, cinquante et un ans, travaille depuis trente ans dans ces lieux. Il tient la chronique hebdomadaire de jardinage sur France Inter. 

Le Jardinier de Versailles 

Dans ce livre, le premier jamais écrit par un jardinier de Versailles, Alain Baraton nous raconte son itinéraire personnel mais aussi l'histoire de ce parc prestigieux, y mêlant une foule d'anecdotes qui touchent à la grande comme à la petite histoire. 

Des fêtes de Louis XIV, avec ses feux d'artifice qui émerveillent l'Europe, à Stéphane Mallarmé enterrant ses chats auprès du grand bassin, il nous montre le Versailles éternel, où chaque bosquet abrite un trésor.

Il nous révèle aussi le Versailles actuel, reconquis, à force de passion et de travail, sur la tempête de 1999. 

Muni d'une documentation précise et souvent inédite, Alain Baraton imbrique librement passé et présent, autobiographie et histoire, et nous confie son merveilleux jardin secret. 

Extrait : A propos de Louis XV. 

J'imagine bien quel genre de personne il devait être : nonchalant, gourmand, hautain, et bien sûr un extraordinaire coureur de jupons : et chacun sait qu'ils étaient nombreux à cette époque ! On raconte qu'un cardinal lui reprochait ses frasques sexuelles, en lui disant sans cesse, d'un ton lassé et accusateur à la fois : « Majesté, la Reine, la Reine. » Le monarque finit par s'inquiéter des reproches du car­dinal : il n'est jamais bon de laisser libre cours aux rumeurs, même quand on est roi. Et puis je soup­çonne le roi d'avoir eu peur car, même au siècle des Lumières, la peur de l'enfer est une réalité à laquelle un roi de droit divin ne pouvait échapper. Louis le débauché l'invite à souper et à dîner à Trianon pour quelque temps. Voilà un honneur qui ne se refuse pas, et notre cardinal devait déjà se voir en nouveau Mazarin... L'homme d'Eglise se retrouve seul à table. Interloqué, il est d'autant plus perplexe que, à chaque repas, on lui sert de la dinde, qui plus est tou­jours accommodée de la même manière. Enfin Louis XV paraît et le cardinal s'étonne :

-  Majesté, je ne comprends pas : de la dinde, toujours de la dinde, rien que de la dinde !

Et le roi de lui répondre :

-  La Reine, toujours la Reine, rien que la Reine !

18:45 Écrit par Lucky Skywalker dans Lecture | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : versailles, louis xv, baraton |  Facebook |

08/02/2008

Michel Peyramaure: Les bals de Versailles

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Michel Peyramaure.

Michel Peyramaure est né à Brive, en Corrèze, en 1922. À sa sortie du collège, il travaille dans l'impri­merie de son père puis devient journaliste à La Mon­tagne, avant de se consacrer à la littérature. Son premier roman, Paradis entre quatre murs, paraît en 1954. Une cinquantaine d'autres suivront, mar­qués par son goût pour l'histoire de France - celle de ses provinces en particulier - et pour la littérature de terroir.

Au début des années quatre-vingt, il fonde, avec Claude Michelet et Denis Tillinac, l'École de Brive, un mouvement d'écrivains du terroir, tous Corréziens, qui renouent avec la tradition romanes­que et populaire du XIXe siècle. Il est également l'auteur de biographies (Henri IV, Cléopâtre, Suzanne Valadon, Sarah Bernhardt). Michel Peyramaure a reçu en 1979 le Grand Prix de la Société des gens de lettres pour l'ensemble de son œuvre. Écrivain « régional », il dit avoir « les deux pieds en Corrèze ».

Les Bals de Versailles.

Jamais plus prodigieux spectacle ne fut offert à un misérable orphelin. Le jeune Nicolas Chabert est devenu le protégé et le secrétaire de la Maintenon, future épouse dans le plus grand secret du Roi-Soleil. Ainsi, le hasard ou la providence l'ont arraché aux rues  boueuses de Saint-Eustache pour le plonger dans les plaisirs de l'Ile Enchantée. Il découvre et nous raconte tous les secrets de la cour.

Louis XIV attire alors tous les cœurs à lui. Il aime toutes les femmes exceptée la sienne. A Fontainebleau, à Versailles, il règne et séduit selon son bon plaisir. À la cour, les favorites éclipsent presque la reine. Passent Marie Mancini, Henriette d'Angleterre, la douce et timide Louise de Lavallière, la sublime Athénaïs de Montespan, et son émouvante
rivale, Marie-Angélique de Fontanges, victime probable de l'affaire des Poisons.

Au fabuleux carrousel des amours royales, de ses intrigues et de ses passions, Michel Peyramaure, en romancier, ajoute ses couleurs, sa vivacité, son regard neuf et ébloui.

Editions Robert Laffont - Pocket n° 12277.

Louis XIV en campagne avec sa cour...

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Lille vers 1793.

On passait d'une ville à l'autre. Après Lille, ce furent Charleroi, Tournai, Douai... On traversait, sur des routes défoncées par le passage des troupes et des convois, des campagnes accablées par la canicule, où persistaient les odeurs cadavériques des hommes et des chevaux. On arrivait aux étapes les reins moulus, cou­verts de poussière, les oreilles bourdonnantes du trot des chevaux et du battement des tambours, la faim au ventre. Il fallait, en descendant du carrosse, chercher, à travers des villages perdus, les portes marquées d'une croix par les fourriers, où l'on pourrait passer la nuit. Parfois on avait la chance de trouver sur son chemin un château ou la demeure d'un bourgeois. Le plus sou­vent on était hébergé dans des chaumières, des gran­ges, des fenils, quand ce n'était pas dans la fougère. On s'éveillait au clairon, le corps dévoré de vermine, sans rien d'autre pour faire toilette qu'un seau d'eau, une fontaine ou une mare puante. On laissait sur le carreau, sans s'apitoyer outre mesure sur leur sort, les dames qui ne pouvaient suivre ce train d'enfer. On payait un lourd tribut à la guerre et à l'honneur de suivre le roi. Sa Majesté en était-elle reconnaissante ? Elle s'en moquait !

Marie-Angélique de Fontanges, favorite du roi, invente une nouvelle coiffure.

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Un jour que, chassant ensemble en forêt de Ram­bouillet, ils étaient revenus trempés par une ondée, après une étreinte buissonnière, elle avait la chevelure en bataille. Ils se séchaient dans le pavillon de chasse, auprès d'un grand feu, quand Louis s'écria, alors qu'elle se rajustait :
-  Voilà qui est étrange !
-  Quoi donc, sire ?
-  Je veux parler de cette façon de vous recoiffer. Ces deux rubans qui attachent vos cheveux et pendent de chaque côté du visage... Est-ce ainsi que l'on se coiffe en Limousin ? Je trouve que cela vous va à ravir. Nous allons en lancer la mode !

Quelques jours plus tard, c'était chose faite. Mes­dames de la Cour tinrent à se coiffer « à la Fontanges » : deux rubans qui encadraient le visage, auxquels on ajouta une sorte de petit éventail déployé au-dessus de la nuque. La mode gagna non seulement Versailles mais tout le pays, et certaines Cours étrangères l'adop­tèrent.

Il y a quelques jours, une dame de mes voisines est venue me rendre visite dans ma gentilhommière du Périgord. Elle était coiffée « à la Fontanges ». Quand je lui révélai l'origine de cette mode et confiai que j'avais bien connu celle qui l'avait initiée, elle en fut éberluée.

 

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Différentes formes de coiffures « à la Fontanges ».

La coiffure à la Fontanges apparut vers 1678 à l'initiative de Marie-Angélique de Scoraille de Roussille duchesse de Fontanges dite Mademoiselle de Fontanges (°1661-1681), favorite de Louis XIV et rivale de la Maintenon.

De simple noeud relevant les cheveux bouclés sur le dessus de la tête, cette coiffure se transformera en un échafaudage de boucles complété ensuite par un bonnet, couronnant la tête d'une véritable architecture de mousseline, de dentelles, de rubans montée sur fil d'archal. La vogue en durera trente ans malgré les critiques et même la défaveur du Roi.

La chaire de vérité de l'église de Lamazière.

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Intérieur de l'église de Lamazière-Basse avec sa célèbre chaire de vérité.

À l'issue d'un souper, le roi proposa à ses convives de formuler leur vœu le plus cher. Quand vint le tour de Marie-Angélique, on s'attendit à ce qu'elle demandât à la Providence de lui conserver l'amour du roi. Elle répondit d'une voix timide :

- Sire, outre souhaiter que Dieu vous garde long­temps en vie, rien ne me serait plus agréable qu'une chaire pour l'église de Lamazière, en Limousin, proche de mon château de Roussille. Jadis, j'allais m'y recueillir, prier et porter des fleurs à la Vierge.

Ce vœu si simple fut exaucé sur-le-champ. L'hum­ble sanctuaire est aujourd'hui, dit-on, doté d'une chaire que les cathédrales de Limoges et de Tulle pourraient lui envier.

L'accès à la chaire ne se fait pas par un escalier latéral mais par une porte dans la mur donnant dans la sacristie. Elle est décorée d'anges, d'angelots, des Evangélistes, d'un Christ glorieux, de Dieu le Père et du Saint-Esprit. Cette chaire a été restaurée en 1970.

Description de la chaire de l'église de Lamazière-Basse: http://www.patrimoine-de-france.org/oeuvres/richesses-56-...

Source iconographique: http://pagesperso-orange.fr/geneamaz/v_lamaziere.htm

09:15 Écrit par Lucky Skywalker dans Lecture | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : louis xiv, versailles, fontanges, coiffure |  Facebook |